Fruit de l’innovation technologique, des mathématiques et du design, 5922 s’engage à préserver nos ressources.

5922 : le rendez-vous entre les mathématiques et la mode

Ingénieur en matériaux passionnée de mode, la fondatrice est confrontée à de nombreuses idées reçues selon lesquelles ces domaines ne sont pas conciliables. Quoi qu’il en soit, elle persévère et décroche son stage de fin d’études à Taiwan, au sein d’un institut de recherche textile.

Le croisement des disciplines ingénieur (science) et designer (art) donne ainsi naissance à un nouveau champ : ENGINASHION. Ce «  Mot magique inventé » est le résultat de la contraction du mot ingénieur (engineer) et mode (fashion), en anglais.

Dans les grandes lignes, ce concept tente de répondre aux défis de notre époque en encourageant l’interdisciplinarité. Cette démarche est donc basée sur la mise en place d’une boite à outils hybride, compréhensible aussi bien par le corps scientifique qu’artistique.

L’objectif de 5922 ? Résoudre plusieurs équations. Equations selon lesquelles, il faut démontrer à la fois que les mathématiques sont indispensables à la conception de produits au sens large et aussi que la beauté des mathématiques se réalise à travers le design. Pour illustrer le premier point,  prenons l’exemple d’un top en lin pour lequel l’ingénieur a introduit des formes géométriques à l’aide d’une découpe laser. Ici, les mathématiques sont intervenus dans la géométrie du patron seulement et pas au niveau de la matière.

5922 tient son nom du mot « rêve » en japonais, qui se dit : « yume ». Comment un nombre peut signifier un mot me direz-vous ? 5922 n’est autre que sa traduction en langage informatique. Aussi, pour la petite histoire, si vous vous attardez sur le logo, vous remarquerez que le « 9 » prend l’allure d’une courbe. Cette dernière représente le nombre d’or, symbole de la divine proportion en géométrie.

 

La boite à outils ENGINASHION pour une innovation textile durable

Silhouette 5922Les mathématiques, ce n’est « pas seulement résoudre des équations ou tracer des courbes, mais plutôt développer sa créativité et sa capacité à résoudre des problèmes ».

Dans une logique de développement durable, la co-conception prend tout son sens. Un mariage entre le designer et l’ingénieur de façon à unifier leurs méthodes et outils de travail comme le Design Thinking Process – dont l’agence de design IDEO est pionner – ou encore l’Analyse de Cycle de Vie (ACV). Pour cette dernière approche, il convient d’intervenir, en amont, pour attribuer des fonctions à un produit avant création. Dans ces conditions, moins de déchets sont produits.

Selon la créatrice, l’être humain a souvent cherché à tester, expérimenter sans nécessairement anticiper les conséquences environnementales. A l’heure actuelle, même si la pratique nous a permis d’évoluer, « on ne peut plus se le permettre ». Ayant désormais « la maturité et les connaissances », il relève du « rôle des marques de communiquer pour que cela devienne une évidence ».

« La contrainte stimule la créativité »

Les mathématiques peuvent être une valeur ajoutée dans la conception de produits et l’innovation d’après la fondatrice. Et cela, de manière multi-échelles : pour la conception ou compréhension de la matière (de sa configuration atomique à sa structure macroscopique) et/ou pour la conception de produits finis.

 

Matérialiser l’esthétique des mathématiques pures en utilisant la mode comme support expérimental

Silhouette 2 5922Ses inspirations sont multiples : art, architecture, philosophie, etc. Et ce, principalement dans la culture
japonaise.

5922 trouve essence dans la création : « donner de la forme, donner du volume ». La matière innovante – entendons par-là l’utilité, la fonctionnalité recherchée qu’elle soit technique ou esthétique – est l’élément clé de ce projet.

L’idée selon laquelle il existe une beauté mathématiques n’est pas un mythe. Preuve en est, une étude de Semir Zeki – neurobiologiste – publiée dans Frontiers in Human Neuroscience (2014) montre que « les zones du cerveau qui s’activent lorsqu’un mathématicien ressent la beauté d’une équation ou d’une théorie sont les mêmes que lors d’une expérience intense devant la beauté d’une œuvre d’art ». Alors, art ou science ?

 

L’écosystème au cœur de la démarche

Selon l’ingénieur, prendre en compte les contextes pourrait changer bien des choses. Partant du constat que l’être humain est par nature changeant, sa garde robe s’en trouve pleine à craquer. Pourquoi ne pourrait-on pas adapter nos penderies en conséquence ? A cet égard, imaginez que les matériaux composants nos vêtements puissent changer de forme, de couleurs en réponse à des stimulus externes. Nous n’aurions plus 12 vêtements dans notre armoire mais 40.

Vous connaissez le bio mimétisme ? Il s’agit de reproduire des processus mis en œuvre par la nature – changements de couleurs ou de forme – autrement qu’avec un procédé chimique polluant. Au fil des siècles, l’être humain s’est désolidarisé de son propre écosystème. Devrions-nous alors nous en inspirer pour pouvoir faire mieux ? Affaire à suivre.

 

Un mot de la fin ? « De manière générale et plus particulièrement le milieu de la mode, on veut des choses accessibles sous forme de pulsion. Les changements prennent du temps, il serait bon de valoriser la réflexion. »

 

On se donne rendez-vous aux Fashion Green Days les 23 et 24 mai à l’ENSAIT de ROUBAIX.

Billetterie et programme des conférences sur www.fashiongreendays.fr

Propos recueillis et rédaction par Manon HAMON.