« La fast fashion peut-elle être responsable? » par Annick Jehanne


Blog / jeudi, mai 3rd, 2018

C’est une question majeure pour l’évolution de la filière Mode.

En effet, les enseignes baptisées « FAST FASHION » c’est-à-dire qui produisent une mode changeante suivant les tendances pour nous pousser à renouveler nos tenues , représentent la moitié du marché de l’habillement.

Ces enseignes permettent à tous ceux qui ont des revenus modestes ou moyens de « se sentir beaux » en s’habillant, d’exprimer leur style .

L’enjeu difficile mais crucial est donc d’entraîner la plus grande « masse » de mode vers une mode plus responsable,mais pas beaucoup plus chère.

Cela paraît à première vue un oxymore.

 

Mais pourtant….

La plupart des enseignes de mode ont certes attendu l’injonction des clients pour agir vraiment .

Certaines pensent encore que c’est « pour une minorité » ou « pour plus tard » ou que le Business est difficile donc « ce n’est pas la priorité »

Certaines ont cru qu’elles pouvaient se contenter de faire des micro collections une fois de temps en temps, ou de récolter des vêtements contre un bon d’achat.

Certes le travail est conséquent.

Quels sont les points à changer ?

 

1 – Au commencement :  les matières : puisque les deux matières les plus utilisées coton et polyester sont néfastes (sauf le coton organique) de part leur effet polluant, leur consommation d’eau et de ressources fossiles.

Et cela dit en passant,le cuir « VEGAN » c’est du plastique à base de pétrole ,la fausse fourrure aussi !

Puis tout ce que l’on fait comme ajout chimique sur les tissus ou cuirs :préparation,tannage, teinture, impression, ennoblissement qui peut être fait avec des produits cancerigenes et/ou perturbateurs endocriniens.

2 – Indispensable : Une chaîne de production traçable.

Depuis le fil, depuis les champs. Car qui aimerait savoir le le coton de sa gigoteuse bébé faite en coton cultivé par tous les enfants d’Ouzbekistan (qui n’ont d’autre choix de le faire 10 heures par jour durant des mois)

Pour cela, les normes peuvent être une façon de ne pas « vraiment « s’impliquer, de faire signer des chartes ou de reporter la responsabilité sur des acteurs lointains.

Ce que nous exigeons de nos producteurs alimentaires,nous devons également l’exiger de nos marques et de leurs fournisseurs.

Remonter à l’origine. Connaitre. Avoir confiance.

Travailler avec des fournisseurs qui ont les mêmes buts, les mêmes valeurs, et ont le souci de « coopérer » pour améliorer en imaginant de nouvelles idées meilleures et guère plus chères.

En général , un fournisseur engagé traite également bien ses ouvriers, c’est un tout qui ne saurait être partagé.

De meilleures matières et une confection faite dans des conditions correctes de liberté, sécurité, salaire.

 

3 – Repenser son Business Model

Quel est le sens de solder LA MOITIE de son chiffre d’affaire à moins 50% ?

Quel est le sens de détruire des millions de vêtements car on ne sait plus quoi en faire : ils ne valent plus rien et coutent en occupant des entrepots.

N’est ce pas juste un signe d’échec total ?

N’est ce pas fou d’acheter des produits au Bangladesh huit mois à l’avance ?

Alors que les envies peuvent changer 10 fois entre la commande et la date de mise en magasin ?

N’est ce pas fou de multiplier par 10 son prix de production (Un célèbre Tshirt acheté 9E revendu 90E par une marque de Luxe « accessible »

 

Et si l’on commandait plus près, en Europe, des matières plus satisfaisantes pour les clients,au fur et a mesure des ventes pour mieux caler les commandes par taille, coloris formes et donc diminuer son taux de démarque comme le démontre l’exemple ci dessus ?

Et si l’on créait des usines plus robotisées ou le cout de main d’œuvre est plus faible par Tshirt,ce qui réduirait l’écart entre approvisionnement lointain et local comme le propose la Start Up TEKYN actuellement en test avec une grande enseigne de Mode ?

Le stock est le pire ennemi de la Mode, la Mode est hautement périssable, et doit correspondre à des consommateurs de plus en plus diverses et en recherche de personnalisation en taille ou style.

4 – Produire moins

Demander aux enseignes de faire moins de chiffre d’affaire n’est pas responsable…car cela revient à leur dire de licencier !

Et ce sont leurs clients qui décident de consommer plus ou moins, ici ou là !

Par contre, elles peuvent probablement faire le même chiffre autrement :

Vendre moins d’articles car vendre plus à prix non soldé ,vendre des services comme la personnalisation qui permet de vendre plus cher,ou bien louer leurs vêtements, développer des services dans leurs points de vente : bref faire baisser le nombre de vêtements produits et les produire mieux.

Et peut être développer des activités totalement nouvelles, comme Knyttan qui propose de commander un pull sur mesure et de le voir se tricoter en magasin !

Les enseignes habillement le plus grand nombre, leur responsabilité de changement est dont forte car leurs consommateurs l’attendent.

Mieux, plus responsable pour un prix guère plus élevé.

Certaines travaillent déjà énormément pour se transformer. Elles doivent également créer une pédagogie simple et inspirante pour leurs clients perdus dans les forèts de termes et normes.

C’est en créant autour d’elles un écosystème nourricier et inspirant de start ups, associations, fabricants et en formant très vite tous leurs collaborateurs qu’elles y arriveront.

Une mode plus responsable, c’est du Business comme le montrent les exemples de VEJA ou PATAGONIA .

Les fonds qui détiennent les enseignes commencent a s’en rendre compte, et tant mieux.

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