Virginie DUCATILLON a créé ADAPTA en septembre 2018. En véritable passionnée, elle s’attache à revaloriser la filière cuir.

Le contexte sociétal et les réglementations poussent les maisons de luxe à revoir leur chaîne de valeurs

Diplômée de l’IFM, Virginie a travaillé une dizaine d’années au sein des plus grandes marques de maroquinerie française – Chanel, Hermès et Céline.

Son expertise grandissante, l’entrepreneuse n’a pu que prendre conscience de l’impact environnemental que représentent les surplus de matières premières souvent destinés à la destruction.

En période créative, il peut se passer plusieurs mois entre le lancement des instructions par la direction artistique et le prototypage. Laps de temps, pendant lequel des changements peuvent bousculer le plan de collection initial. En phase de production, certaines lignes sont arrêtées d’une saison à l’autre. A l’étape des achats, il arrive que le service anticipe trop de commandes. Le tout conduisant à un sur-stockage chez les fournisseurs.

Pour les tanneurs mégissiers, même combat. Les maisons de luxe sont inflexibles quant au cahier des charges. Un défaut sur la peau, et elle dort au fond de l’atelier.

Créer un cercle vertueux en utilisant une matière déjà produite

Les cuirs de qualité étant de plus en plus rares, les maisons ont adopté une stratégie de verticalisation de l’approvisionnement. Ainsi, des initiatives ont vu le jour pour créer des passerelles et utiliser ces stocks inutilisés. Toutefois, le volume total ne s’en trouve pas absorbé et la chaine manque de transparence.

Avec ADAPTA, les matières immobilisées dans les entrepôts des fournisseurs du luxe sont récupérées. Et ce afin d’être réemployées et valorisées à des prix accessibles. L’objectif ? Eviter le gaspillage et ainsi opter pour une utilisation optimale des ressources.

Double casquette, double mission pour la cheffe d’entreprise. D’un côté, négocier et dénicher de véritables trésors au sein des stocks dormants. « Contrairement aux déstockeurs, je sélectionne à la peau. C’est un véritable challenge ». D’un autre côté, saisir l’univers de chacun de ses clients français – pour soutenir la création nationale – qui font appel à ses services.

Par ce biais, tout le monde semble y trouver son compte. Les fournisseurs réinventent leur manière de gérer leur stock tout en étant rassurés sur la traçabilité de leurs produits. A ce titre, les créateurs ont accès à des peaux haut de gamme tout en maîtrisant leur budget.

Agir en faveur d’une démarche plus globale en s’ouvrant à d’autres matières

Après l’installation de son atelier dans le 12ème pour continuer d’entretenir une relation de proximité avec les créateurs, la fondatrice d’ADAPTA fourmille d’idées « Plus je travaille sur le cuir, plus cela m’intéresse. Quand un projet vous habite, tout devient naturel »

Dans les tuyaux, la création d’une plateforme e-commerce de ventes de matières premières. Pour éviter le stockage et limiter l’empreinte carbone, l’idée serait de s’ouvrir à d’autres matières – textile, pièces métalliques, etc. – pour faire de la niche, la norme : « Toute matière déjà produite est moins polluante qu’une matière à produire, aussi peu polluante soit-elle ».

Seule aux commandes, elle avoue s’entourer de consultants experts dans leur domaine et n’exclue pas la possibilité de s’associer, par la suite.

Après cela, elle aimerait se dégager du temps pour communiquer via des podcasts sur cette filière encore méconnue.

Une sensibilisation positive à l’origine du changement

Quand on lui demande sa vision sur l’avenir de la mode, Virginie DUCATILLON reste optimiste « Je crois que les choses vont dans le bon sens ».

Selon elle, il est impératif d’éduquer le consommateur à la qualité pour pousser les marques à agir. « L’industrie textile est la cause de 10% de l’empreinte carbone mondiale. Mais il ne s’agit pas juste de chiffres alarmants, nous devons raconter une histoire qui valorise le produit et lui redonne une valeur marchande ». Et ce, « encore plus dans le domaine du luxe où l’investissement doit offrir un produit durable ».

Même si « nous n’avons plus le choix », point de discours agressifs et culpabilisants. L’avenir est plein d’espoir : « Je me suis rendue à un événement organisé par la Banque de France au sujet de l’économie circulaire. C’est un signal important et cela laisse présager des changements dans la manière dont les entreprises du secteur vont appréhender les notions de recyclage et le souci d’une économie circulaire ».

Un mot de la fin ?

« Doing well by doing good »

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Propos recueillis et rédaction par Manon HAMON.