Lors des Fashion Green Days online “Green Commerce” de novembre, la question de la sobriété numérique sera abordée lors d’une table ronde. Celle-ci sera animée par Adrien Deslous-Paoli, Directeur Général du groupe De Rigueur. Il nous livre quelques réflexions en introduction à ce sujet.

 

Peux-tu te présenter et nous parler de De Rigueur ?

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Adrien Deslous-paoli, fondateur du groupe De Rigueur l Photo © Vlad Simitch

Adrien Deslous-paoli, fondateur du groupe De Rigueur

Je suis le fondateur du groupe De Rigueur spécialiste de l’innovation au service des grandes marques de la mode et du luxe, telles que Christian Louboutin, Lancel ou encore le groupe LVMH.

Au sein du groupe De Rigueur, il y a 2 filiales :

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    • la première : .Tech (à prononcer « point tech ») dédiée à l’innovation technologique intégrée aux produits des grandes marques. Par exemple, nous avons réalisé le sac à dos solaire baptisé « Infini-T » pour Lacoste qui permet de recharger un téléphone sans fil ;
    • la seconde : .Green (à prononcer « point green ») est un cabinet de conseil et d’accompagnement de projets en innovation durable pour ces mêmes marques. Nous avons créé un outil d’autodiagnostic en ligne, accessible à tous, qui permet de générer automatiquement – après plusieurs questions – un plan d’action personnalisé sur 3 ans. Le but est de les aider dans la mise en place de leur stratégie RSE et de leur apporter des solutions concrètes dans le cycle de vie de leurs produits.

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Le sac à dos solaire “Infini-T” de Lacoste

On retrouve à présent cet outil dans le guide « Ressources Green » de la Fédération du Prêt-à-porter, également plébiscité par le DEFI et Paris Good Fashion.

 

On parle d’une nécessité d’aller vers une sobriété numérique, alors que paradoxalement, on a une augmentation du digital, du phygital ; il est nomade et nous accompagne partout…

Peut-on arriver à cette sobriété ?

 

Effectivement, il y a un vrai paradoxe. Nous le vivons d’ailleurs actuellement, durant la crise sanitaire on utilise encore davantage les outils numériques. Je pense néanmoins qu’il est important de prendre du recul. Il faut se demander au niveau macro quel est le moindre mal, qu’est-ce qui a le plus de sens au niveau environnemental. Grâce au confinement mondial au printemps, même si le digital a explosé, en l’espace de 3 mois on a connu le plus grand recul du Jour du Dépassement depuis 50 ans, de l’ordre de 3 semaines. On peut alors se demander si le digital est plus dangereux pour l’environnement que l’activité humaine physique.

 

On connait malgré tout l’impact environnemental du digital, notamment avec les data centers, la blockchain et l’empreinte carbone liée au stockage monstrueux que cela requiert. Pour un numérique qui tende à davantage de sobriété, pour que l’on puisse continuer à le développer sans que cela n’augmente de manière exponentielle son impact sur l’environnement…

Quelles sont les solutions ?

 

La sobriété peut très rapidement être vue comme de l’austérité, alors qu’elle devrait plutôt être comparé à bon sens et raison. Il est essentiel de toujours y faire appel. Si l’on regarde par exemple la blockchain, selon moi, c’est une solution qui manque de bon sens. C’est un peu comme si l’on envoyait une armée pour réparer un trou dans un placoplatre. On a un problème de confiance. Et, au lieu de mettre des garde-fous, on décide de créer un objet de toutes pièces qui demande une quantité phénoménale de data et de computer power pour essayer de restaurer la confiance.

Par sobriété digitale on pourrait même entendre sobriété technologique. On voit des sociétés comme Backmarket qui cartonnent sur le marché de la réparation et de la 2nd main et qui proposent des solutions extraordinaires. Là on retrouve du bon sens, on réduit le gâchis.

Sur la partie numérique, on pourrait aussi parler de la 5G. Le confort ajouté lors du passage à la 5G est pourtant minimal par rapport au confort global dont on bénéficie déjà avec la 4G. Nous sommes entrés dans une ère d’optimisation du confort. L’innovation n’est plus au service du consommateur. Elle est au service de l’accroissement de valeur par la vente de biens ou services supplémentaires.

On pourrait imaginer que toutes les grosses entreprises et metteurs sur le marché incluent dans leurs démarches une notion d’impact. Par exemple, il faudrait quantifier la réduction de l’impact au niveau mondial de la fabrication de petites cartes en plastique avec une puce RFID à l’intérieur versus le paiement dématérialisé. De cette façon, on pourrait voir si on augmenterait ou on réduirait l’impact environnemental du processus de paiement.

 

Un éco-organisme du digital qui ferait payer une éco-taxe sur des produits virtuels, est-ce imaginable ?

 

C’est une possibilité. On pourrait imaginer au niveau mondial que lorsque certaines grosses entreprises veulent proposer un nouveau service, elles devraient passer par cet organisme pour quantifier l’impact généré par ce nouveau service. Elles devraient alors payer une éco-taxe si l’impact ne va pas dans le sens de la sobriété.

 

Concernant la collecte de data, existe-t-il des solutions pour la limiter ?

 

Ludovic Le Moan, directeur général de Sigfox, prône la 0G. Pour éviter la collecte de data à partir des objets connectés, il préconise un réseau de communication à très bas débit de 8 bits. On voit aussi un retour des « dumbphones », qui par opposition aux smartphones, ne sont pas connectés à internet.

 

Pour aller plus loin sur ce sujet, retrouvez Adrien Deslous-Paoli, du groupe De Rigueur, lors des Fashion Green Days online le jeudi 19 novembre à 15h30. Il animera la table ronde « Vers la sobriété numérique ». Inscrivez-vous ICI

Marie-Laure Ruppel

Marie-Laure Ruppel

Facilitatrice de projet de développement durable

 

J’accompagne des territoires et entreprises, sur les sujets qui touchent à l’économie circulaire et l’économie de la fonctionnalité. Ces dernières années, ma passion m’a amenée à évoluer dans l’industrie de la mode et du textile.

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