Thomas Ebélé : SloWeAre

Thomas Ebélé : SloWeAre

Pour ce second entretien des agitateurs mode, nous avons décidé de parler avec Thomas Ebélé, co-fondateur de SloWeAre, le label de confiance de la mode éco-responsable. Depuis 2017, avec Eloïse, ils arpentent l’écosystème mode pour lui insuffler une belle responsabilité.

Profitez-bien !

Thomas Ebélé, pourrais-tu nous dire tout d’abord qui tu es et nous préciser ton parcours ?

Je suis ingénieur de formation. Pendant deux ans j’ai travaillé dans la Silicon Valley pour une entreprise qui fabriquait et commercialisait des armoires sécurisées pour la pharmacie hospitalière. Et, j’allais un peu partout dans le monde pour installer ces systèmes. Cela m’a permis d’avoir une vision globale des cultures, des différenciations au niveau des législations sur le médical.
Grâce à ce métier, j’ai découvert plein de pays, de cultures et métiers différents.

Après, je suis parti en Allemagne pour travailler dans l’automobile, notamment les systèmes de freinage et de contrôle de trajectoire (ABS/ESP) qui sont des systèmes critiques en cas de défaillance car il y a un risque létal. Ensuite, j’ai continué dans l’automobile mais dans les systèmes de retenue comme la ceinture, les airbags. Là, il commençait à avoir un lien avec le textile.

SloWeAre c’est quoi exactement ?

Avec Eloïse ce qu’on souhaite c’est pouvoir établir une véritable confiance entre la marque et le client. Quand nous avons commencé en 2017, la situation était encore très stéréotypée sur la mode éthique. En effet, il existait un amalgame entre la mode éthique et ethnique. Ainsi, nous avons voulu changer les paradigmes en montrant que la mode responsable pouvait faire du bien à l’homme et à l’environnement mais aussi qu’elle peut être esthétique ou tout simplement tendance. C’est-à-dire un reflet de nous-même, un langage, une parure. Dans le même temps, c’était un peu réducteur de dire que la mode éthique se réduisait à un pull en laine qui gratte.

Quand j’ai rejoint Eloïse dans l’avant-projet. Elle avait déjà commencé à monter un projet précurseur à SloWeAre : EcoFashion-Paris. A cette époque elle organisait des rencontres et des ateliers. D’ailleurs ce qui marchait le mieux c’était d’emmener les gens découvrir les petites boutiques avec des créateurs qui réalisent des choses bien, qui ont des histoires à raconter autour du vêtement.

Ensuite, on a souhaité aller plus loin avec le label et le cahier des charges qui permettaient de différencier ceux qui font les choses bien de ceux qui prétendent faire les choses bien. En d’autres termes, nous sommes le gage de confiance et de transparence entre la marque et le consommateur. En effet, ces jeunes marques ont besoin de se protéger et ne peuvent pas mettre tous les éléments à disposition du consommateur car le secteur s’avère hyper-concurrentiel. Et pourtant le client n’a jamais eu autant besoin de pouvoir identifier facilement des valeurs qui lui font échos.

Depuis 2017, on a fait évoluer notre référentiel, nous en sommes à la V11 et on prépare la V12. C’est pourquoi, nous allons toujours un peu plus loin dans les questions que nous posons. Aujourd’hui, il existe quatre volets que nous auditons :

1/ La chaîne de valeur
2/ La gouvernance
3/ Les engagements
4/Le volet responsabilité sociale et environnementale (RSE) qui couvre 1/3 de nos questions.

Avec ces entretiens, nous récoltons énormément d’informations économiques, humaines et environnementales.

Thomas Ebélé

Comment cette crise du coronavirus a-t-elle affecté l’industrie de la mode ?

A mon sens, il y a deux éléments assez forts. Tout d’abord il y a eu une mise à l’arrêt notamment pour la partie production et ventes. Par exemple, avec des colis bloqués aux douanes et des magasins qui ont dû fermer. Cela a été extrêmement ressenti durant les 15 premiers jours du confinement.

Ensuite, à partir du mois d’avril, une fois que les gens ont passé la première phase anxiogène du confinement, ils ont recommencé à chercher, à s’intéresser. En effet, ils avaient du temps. C’est pourquoi, les marques notre label ont eu des niveaux de ventes en avril supérieur à ceux de l’an passé. Et pour les mois de mai et juin, cela a été un mois plutôt dingue pour certaines d’entre elles comparable à un mois de décembre. Cela signifie qu’il y a eu une appétence pour la mode éco-responsable. Bien évidemment, cela est à pondérer avec ceux dont la production a été bloquée.

Maintenant, il faudra attendre la rentrée de septembre pour savoir comment les choses vont évoluer.

Avant la pandémie, on évoquait énormément l’aspect durable, comment cela va évoluer à ton sens ?

Les personnes qui observent l’écosystème éco-responsable ont remarqué des signaux faibles permettant d’envisager que de plus en plus de marques voudront aller là-dedans.

De notre côté, on a eu des demandes de marques beaucoup plus fortes concernant la démarche à suivre.

Concernant l’évènementiel et le rapport à la clientèle c’est quelque chose qu’il va falloir reconstruire. En effet, ce n’est pas évident car nous devons encore appliquer les gestes barrières et venir masqué. A cet égard, il va falloir trouver des nouvelles solutions.

Tant que nous n’aurons pas de vaccins, on ne pourra pas se prendre dans les bras ou se serrer les mains. En outre, dans un magasin, on ne pourra pas juste faire un essayage et remettre le vêtement sur cintre. Ainsi, iI faudra toujours que celui-ci aille en zone de quarantaine.

C’est pourquoi j’insiste sur le fait qu’il y a de nouvelles idées à trouver. Par exemple, il y a des personnes ou des marques qui avaient déjà pris le virage de l’éco-responsabilité et cette crise va, tout simplement, encore plus accélérer ce virage.

Enfin, je crois profondément que cela va faire bouger des gens qui étaient trop attentistes. De mon côté, je suis assez positif et enthousiaste sur la reprise. Mais elle sera prudente car les gens vont être précautionneux dans leurs décisions.

Thomas Ebélé

Manifesto SloWeAre

Dernière question, pourrais-tu nous dire quelle est ton actualité et tes projets dans les mois qui viennent ?

Nous allons continuer les salons. Cette semaine, nous avons appris que la limite de capacité des foires a été levé à partir de septembre. Et j’avoue que c’est une bonne nouvelle. Néanmoins, il va falloir voir si les gens sont au rendez-vous, aussi bien les français que les étrangers.

Notre actualité commence avec les festival Empow’Her qui aura lieu à la Cité Fertile. Ensuite, on enchaîne avec les FashionGreenDays (pour s’inscrire aux webinaires du 17 et 18 septembre c’est juste ici) à Roubaix. En novembre, on sera sur MIF Expo (salon du Made In France) avec plusieurs marques du label. Et, fin novembre, début décembre, nous organiserons le marché de noël de SloWeAre à la Recyclerie, avec une trentaine d’exposants.

Pour conclure, nous allons annoncer plein de nouvelles marques qui sont en phases d’audit. Cela va donner de la fraîcheur à cette rentrée en montrant l’inventivité de ces jeunes créateurs.

Si le témoignage de Thomas Ebélé vous a intéressés et que vous voulez savoir comment les producteurs de matières premières s’adaptent durant cette crise sanitaire, vous pouvez l’article de d’Elénore Bricca.

Fabrice

Fabrice

Je suis le fondateur de MyFashionTech, une agence de conseil en communication pour le secteur de la Fashiontech.Sinon, je suis également un fan de littérature et de cinéma.

Uptrade : le tissu dans tous les sens

Uptrade : le tissu dans tous les sens

Afin de prolonger les FashionGreenDays, nous avons décidé de lancer une série d’entretiens sur celles et ceux qui font bouger la mode éco-responsable. Ainsi, nous allons échanger chaque semaine, durant cet été, sur la manière dont nous pouvons aider le secteur textile à accélérer sa transformation vers une mode plus durable.

Et pour ce premier rendez-vous, nous sommes partis échanger avec Eléonore de Uptrade. Durant notre conversation, elle revient sur son ambition d’aider les marques à en finir avec des stocks silencieux et aussi sur l’état de la mode en temps de coronavirus.

Belle lecture !

Eléonore, pourrais-tu me dire tout d’abord qui tu es et me préciser ton parcours ?

Je suis Eléonore ; j’ai 29 ans et suis co-fondatrice d’Uptrade. Auparavant, j’ai travaillé pour des associations et ONG en France ainsi qu’à l’étranger. Pour résumer, j’ai un parcours plutôt axé sur le social.

Dernièrement, j’ai aussi collaboré avec des startups françaises, notamment dans le monde du digital et de l’éducation numérique.

Ensuite, j’ai rejoint Charlotte sur le projet d’Uptrade, il y a environ un an. En effet, j’avais envie de me repositionner sur un projet qui était plus en accord avec mes valeurs environnementales ou sociales. Avec cette envie de faire bouger les choses.

Uptrade

Uptrade c’est quoi exactement ?


C’est un bureau de sourcing et d’achat qui sauve les fins de rouleaux, chutes, déclassés de production pour les mettre à disposition de ceux qui vont savoir leur donner une seconde vie. Notre mission peut se définir de la façon suivante « limiter la surproduction et les déchets dans l’industrie de la mode en réutilisant ce qui existe déjà ».

En d’autres termes, nous sommes le chaînon manquant entre ceux qui disposent de stocks de matières premières dormants et ceux qui en ont besoin.

Comment cette crise du coronavirus a-t-elle affecté l’industrie de la mode ?

Dans un premier temps, on a vraiment tous constaté un arrêt. Personne ne savait vraiment ce qui se passait. Les productions étaient mises en stand-by. Ainsi, les trois premières semaines ont été une période d’interrogation : qu’est-ce qui se passe ? qu’est-ce qu’on fait ? comment on va s’adapter ?

Après dans un second temps, il a été question de la production massive de masques. Les différents acteurs de l’industrie textile se sont regroupés dans un élan de solidarité pour monter des groupes de travail comme le Projet Résilience ou le groupement Savoir-Faire Ensemble porté par Guillaume Gibault. À ce moment-là, l’industrie s’est relancée. Cela a permis également au secteur de la mode de s’interroger plus en profondeur sur ses modèles de production et de consommation entre autres. En outre, ce questionnement a aussi amené à se demander comment relocaliser la chaîne de production, en France ou Europe, afin de ne pas être dépendant des pays d’Asie notamment.

Avant la pandémie, on évoquait énormément l’aspect durable, comment cela va évoluer ?

L’aspect durable ne peut que se renforcer avec cette crise. En effet, tout le stock s’est retrouvé immobilisé. Et, les marques vont devoir le brader, le solder et le re-solder pour réussir à l’écouler. C’est pourquoi, il y a un réel questionnement à mettre en place cette notion de durabilité. D’ailleurs, nous le voyons avec nos clients qui commencent à revoir leur production. Soit, ils vont s’orienter sur l’éco-conception ; soit ils vont choisir la pré-vente. Certains vont plus loin en s’orientant sur une production à la demande.

Aujourd’hui, les marques partent du besoin client et non pas, comme précédemment, en créant un besoin. Par exemple, actuellement elles font appel à leur communauté, via des formulaires pour connaître leurs besoins.

Je crois profondément que cette notion de durabilité va imprégner les marques. Ainsi, elles s’orientent de plus en plus sur le fait de rechercher des matières premières qui sont plus respectueuses de l’environnement, par exemple celles qui vont demander moins d’eau au moment de la production ou bien qui soient plus locales, moins polluantes. Cela peut être également en terme de quantité, avec des volumes plus petits.

Il y a aussi l’upcycling. D’ailleurs, chez Uptrade c’est ce qu’on essaye de stimuler en permettant à un tas d’acteurs d’avoir accès à des gisements de matières qui existent déjà.

À mon sens, c’est un travail commun à mettre en place. Et, surtout il convient de ne pas faire culpabiliser les marques car cela créé de la frustration. C’est pourquoi, il faut les aider pour aller vers des démarches plus durables. Bien évidemment cela va prendre du temps notamment pour celles ancrées depuis des décennies ou des grands groupes. Ils ont besoin d’accompagnement et de conseils, comme mutualiser des ressources ou travailler avec des consortiums.

Dernière question, pourrais-tu nous dire quelle est l’actualité d’Uptrade et vos projets dans les mois qui viennent ?

Nous avons été incubées au programme des Audacieuses, au sein de la Ruche, qui prend fin début juillet. Cela a été 9 mois hyper-riches où nous avons pu bénéficier d’un réseau d’experts, d’une communauté, d’ateliers et de formations. Là, nous rejoignons l’incubateur de l’ESSEC qui va prendre le relais.

Sinon, nous venons juste de finir une vente exclusive de tissus haute-couture : Opération Baruchello. Si cela se refait, nous l’organiserons de manière ponctuelle car cela n’est pas notre coeur de métier. En revanche, nous avons adoré la démarche car nous avons rencontré des publics très différents : étudiants, jeunes créateurs, entrepreneurs ou marques de mode. D’ailleurs durant nos différents échanges, nous avons énormément appris sur les attentes actuelles. A cet égard, nous avons pris conscience que de nombreux particuliers vont sur des logiques de réparation de vêtements ou de création de vêtements eux-mêmes.

Dans les mois à venir, nous avons mis en place des partenariats avec des marques afin de faciliter le recyclage ou la revalorisation de leur production. Typiquement, cela répondra à des problématiques pour des marques de luxe qui ont des tissus siglés. Ainsi, elles ne souhaitent pas qu’on les récupère pour les revendre mais plutôt qu’on les transforme pour adresser d’autres industries. Concrètement, actuellement nous travaillons avec une startup qui transforme le tissu en composite pour créer du mobilier de jardin.

Enfin, nous souhaitons aider les grands groupes à sauter le pas en leur proposant une solution clé-en-main à intégrer dans leur déclaration RSE et extra-financière. Cela va être notre grand chantier pour l’année 2020 !

Vous voulez en savoir plus sur les FashionGreenDays, nous vous invitons à lire l’article suivant :

Les FashionGreenDays passent en mode permanent !

Fabrice

Fabrice

Je suis le fondateur de MyFashionTech, une plateforme au service l’innovation durable pour le secteur de la mode. Je suis également un fan de littérature et de cinéma.