Juriste reconverti en quête de sens, Christophe RENARD  a crée Histon Project, en 2O18. Aventure qui se poursuit par la clôture de la campagne de crowdfunding Ulule dont les commandes seront livrées en avril.

Le vestiaire de l’homme conscient par Histon Project, ça ressemble à quoi ?

Christophe, en amateur de mode masculine, cherche à s’habiller casual en accord avec ses valeurs. Force est de constater que l’offre n’est pas florissante, l’idée de créer une marque aux antipodes des clichés bobos germe progressivement.

Histon Project – tisserand en ancien grec – trouve son inspiration dans la matière. Le pari étant d’utiliser principalement des fibres locales – le lin et le chanvre -, sans exclure la qualité. Challenge de taille puisque 80% de la production française de lin part en Chine. Les 20 % restant, sont filés et tissés en Europe.

La première pièce qui compose le vestiaire de l’homme conscient est une chemise en lin, éthique et écologique, pour l’hiver. En d’autres termes, une chemise intemporelle et confectionnée 100% en Europe, de la graine à l’étiquette de composition.

Si l’on s’attarde sur les matériaux, rien n’est laissé au hasard. Le lin français est tissé en Irlande et en Italie. Les boutons, fabriqués en France, sont en liège (Portugal) ou en galalithe (Italie) – pierre de lait fabriquée à partir de caséine. Tandis que le fil à coudre et l’étiquette sont 100% polyester recyclé à partir de bouteille.

Le lin : une matière intrinsèquement écologique, robuste et durable

Le lin pousse en France et n’exige aucune irrigation : naturel, éco-friendly et local donc.

« J’estime que aujourd’hui c’est la matière la plus traçable et la plus écologique »

De plus, le lin tord le cou à de nombreux à-priori. Qui a dit que vous ne pouviez par en porter l’hiver ? Selon le grammage du tissu, il est possible de le mettre à toutes les saisons.  Qui a également dit qu’il se froissait ? Là aussi, nous avons la réponse : la maille de lin ou jersey.

Made in Europe : une réflexion globale au service du développement durable

A l’heure qu’il est, 200 chemises ont été confectionnées au Portugal, dont 140 ont déjà trouvé preneur. Pour le reste, ce sera direction le pop-up store éco responsable de La Garçonnière, dans le Marais.

Et pourquoi ne pas fabriquer en France pensez-vous ? Trois raisons. Premièrement, si la graine de lin pousse en France, les filatures ont quant à elles déserté le sol national (pour la Pologne). Deuxièmement, le fondateur vise une clientèle Européenne. Troisièmement, une chemise de qualité confectionnée en France, avec des matériaux nobles et écologiques, vous coûte entre 150 et 200€.

Outre le budget, quand on parle de fabrication française, on parle la plupart du temps de « Made in France et d’ailleurs ». Pour exemple, sur ce marché, les boutons d’une chemise sont très souvent en nacre ou corozo. Ceux-ci proviennent directement d’Australie ou du Vietnam, pour le premier, ou d’Equateur, pour le second.

Pour l’entrepreneur : « il ne s’agit pas d’être manichéen ». La démarche est plus globale. Par là même, il n’exclut pas de concevoir une pièce ou une gamme Made in France.

Prochaine étape ? Christophe commence sa collection été. Selon lui, « il n’y a rien à inventer dans la mode masculine ». Il s’agit surtout de sortir des sentiers battus et se démarquer des chemises en lin basiques commercialisées par les enseignes de fast fashion.

Après la nourriture et les cosmétiques, la mode éthique se tient prête

D’un côté, Christophe regrette l’opacité et la pression des lobbies du coton qui en viennent à menacer la production du coton biologique ou encore l’utilisation récurrente de produits chimiques dangereux pour la santé.

D’un autre côté, il se veut optimiste. Les « consommateurs qui ont commencé par se renseigner sur les dessous de la nourriture puis des cosmétiques » devraient tout naturellement finir par exiger autant de transparence pour le textile.

Cette recherche de limpidité pousse les grandes marques à se poser les bonnes questions et encourage les boutiques éphèmeres à mettre l’accent sur des PME à vocation éthique.

« Il n’y a pas que du green washing. L’émergence de petites marques fait réfléchir. »

 

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Propos recueillis et rédaction par Manon HAMON.