Doriane BATREL, fondatrice de KEPLE, vestiaire issu de l’agriculture biologique à destination des femmes, nous en dit plus sur sa vision de la mode.

KEPLE est né de l’envie de reprendre la main

Optométriste de formation, Doriane BATREL a toujours aimé coudre. A tel point, que sa garde robe personnelle a été conçue par ses soins. N’écoutant que sa passion, elle s’autorise donc une pause au cours de sa carrière professionnelle en réalisant une formation de modélisme, à Madrid. Si pour des questions budgétaire elle s’est orientée vers l’Espagne, le fait de découvrir de nouveaux visages l’a finalement décidé à franchir le pas.

A cette époque, son besoin de pratiquer en parallèle de l’école, la pousse à intégrer un atelier partagé. Pour pouvoir exposer au sein de cet espace commun, il lui a fallut trouver un nom. Ce sera KEPLE. Pourquoi ce nom lui demanderez-vous ? « C’est assez bizarre. Quand on le prononce, la langue touche plusieurs zones de la bouche et je n’aime pas les voyelles ». Dès lors, KEPLE donne vie à plusieurs pièces dont chacune est cousue à la main, à partir de tissus récupérés.

De par son expérience réussie à l’étranger et désormais capable de patronage professionnel, à son retour en France, il y a 3 ans, la styliste intègre un atelier partagé dans le centre-ville du Mans.

Des textiles issus de fibres naturelles, durables et résistantes

Sensible aux enjeux écologiques et inquiète pour l’avenir, la fondatrice s’est posée la question de savoir ce que l’on ferait « s ‘il n’y avait pas de pétrole ? ». Tout naturellement, elle se tourne donc vers des matières naturelles.

Pour sa première collection été, elle travaille avec deux entreprises françaises dont les produits sont certifiés GOTS. Un fournisseur de lin cultivé en Normandie et un fabricant français de Denim de coton bio. Pourtant la créatrice qui planche actuellement sur sa collection d’hiver, déplore le manque de tissus chauds certifiés GOTS en production française. Elle a donc effectué un sourcing au delà des frontières et a trouvé son bonheur, à Berlin.

Aujourd’hui, KEPLE offre 3 tailles par modèle – S/M/L. Les matières utilisées comme la laine, le coton biologique, le lin français sont certifiées GOTS – Global Organic Textile Standard – tissé à partir de ressources renouvelables et entièrement biodégradables.

La principale contrainte sur le marché de la mode éthique se situe au niveau du choix des matériaux. Etant donné que l’on « ne peut pas tout faire techniquement », son inspiration trouve  donc essence dans le tissu sourcé – « C’est la matière, son aspect, son tombé qui m’inspirent pour le design du vêtements ». C’est ainsi que ses deux lignes de coton sont tout droit sorties des années 50 tandis que celle conçue à partir de jersey de lin remonte à la période romantique et folk.

Les petits centres-villes désertés au profit des métropoles

Uniquement présente sur internet, la créatrice cherche à développer son réseau physique tout en restant en accord avec ses valeurs. Son idéal ? Distribuer ses produits au sein de boutiques éthiques.

Toutefois, dans les petits centres-villes – par exemple, au Mans – il est difficile de trouver ce genre de points de vente qui se font écraser par la consommation de masse. Selon elle, il y a plus d’opportunités dans les métropoles comme Rennes ou Nantes. Par voie de conséquence, les centres-villes de moindre taille meurent au détriment des plus grands.

Un rapport à l’argent différent pourrait annihiler la notion de concurrence

En toute honnêteté, Doriane BATREL se dit plutôt pessimiste. Néanmoins, elle reconnaît croire aux pouvoirs de consommation. « Aujourd’hui difficile d’ignorer les enjeux écologiques. Le principal pouvoir que nous avons à mon avis réside dans le choix de nos investissements ». Le point de départ serait donc le rapport à l’argent qui, pour elle, est « une source d’énergie que l’on peut faire circuler là où elle sera la plus utile plutôt que la plus rentable ».

Quant au recyclage, elle émet des réserves. Enthousiaste à l’idée d’aider les petits producteurs de vivre, ce mode de production soulève la question de la composition et de l’énergie consommée.

Un mot de la fin ?

« Dans la mode comme pour d’autres aspects de notre vie, le modèle économique le plus responsable et égalitaire me semble venir de l’artisanat et du local. Moins mais mieux et pas avec n’importe qui. C’est peut être difficile à imaginer pour notre génération habituée à consommer et aux rapports de concurrence. Mais si le plus fort mange toujours le plus petit, l’éthique ne sera plus qu’un slogan publicitaire vide de sens ».

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Propos recueillis et rédaction par Manon HAMON.