Après cinq années d’incubation au sein du groupe Happychic, La Gentle Factory, marque communautaire et engagée, prend son envol ! Christèle Merter, sa fondatrice reprend l’entreprise et réalise une levée de fonds de près d’un million d’euros pour assurer son développement. Interview exclusive.

La Gentle Factory est un projet né en 2013 à Roubaix où Christèle a fait ses études à l’ENSAIT. Aujourd’hui, les 10 collaborateurs restent implantés à Roubaix, ville à l’histoire et au patrimoine industriel textile extrêmement importants et très dynamique au niveau du zéro déchet. En toute cohérence, La Gentle Factory a ses bureaux dans une ancienne filature réhabilitée.

 

FGD :  Comment ce projet porteur de sens et collaboratif se construit-il ?

Christèle Merter : Nous avons eu la chance de pouvoir tester des choses, de les réussir, de nous planter aussi parfois… Et finalement, de nous orienter vers une stratégie de développement totalement différente de celle du groupe. Happychic a été un formidable incubateur pour nous. Mais c’est une énorme machine de guerre, et dès lors que les process et stratégies sont différents, nous perdons en souplesse et en agilité. En raison de notre ADN, de nos enjeux, il était vital pour nous de nous séparer. 

Aujourd’hui, Nous n’avons pas de fournisseurs mais des partenaires-fabricants dont un est monté au capital. Un des collaborateurs de La Gentle Factory a dit oui pour s’associer avec moi dans l’aventure. Toute l’équipe a suivi le projet. L’écosystème, on est en train de le vivre. Nos clients sont engagés, investis, ils nous soutiennent depuis 2014, date de lancement des premières collections.

Avec plus de 60 partenaires-fabricants répartis un peu partout en France sur toutes les étapes de fabrication, à l’exception de nos fils qui sont européens, mais très peu français. On tisse, on tricote, on teint, on sérigraphie en France. Nos bandes de propreté et nos étiquettes sont faites en France. On est allé chercher les savoir-faire de chacun : un tricoteur spécialisé dans le tricotage circulaire, la teinture se fait exclusivement à Lyon pour la maille et le chaine et trame, par des fournisseurs qui sont tous certifiés Œko-Tex . Notre imprimeur est à Nantes et labélisé Imprim’vert.

 

FGD : Comment avez-vous mutualisé les forces pour réussir mieux et plus vite ?

– Christèle Merter : Nos partenaires-fabricants nous suivent depuis 5 ans. Sans eux rien n’aurait été possible. Nous les avons fait se rencontrer lors de conventions avec l’idée de se dire qu’ensemble on serait plus fort, et que s’ils se connaissaient les uns les autres, finalement au lieu de systématiquement transiter par nous, ils pourraient résoudre certains des problèmes de production entre eux. Ce qui fonctionne très très bien. Et ils s’apportent même du business entre eux.

70 revendeurs indépendants depuis la création de la marque en 2017

Je pense à nos gros revendeurs, La Fabrique Authentique, Le Mouton à trois pattes, Louis et Augustine,  Ma boutique Authentique… qui nous accompagnent depuis mai 2017, deux ans après ils sont encore là. Tous ces concept-stores qui sélectionnent des marques un peu différentes autour d’univers très ciblés – fabrication locale ou responsable – surfent aujourd’hui sur un marché porteur, au vu des commandes de plus en plus importantes qu’ils nous passent.

 

FGD : Ralentir dans la construction des collections…

– Christèle Merter : Le fait de quitter le groupe Happychic nous a permis de repenser complètement notre façon de travailler et de construire nos collections. La Gentle Factory est née sur un rythme de collections qui se renouvelaient assez régulièrement. En se basant sur l’ADN- même de la marque, on s’est dit que nos produits étaient de vrais intemporels. Et nous voulions que nos clients puissent  trouver toujours le même intemporel : la chemise blanche parfaite fabriquée localement de façon éco-responsable. C’est la même pour le chino. On construit donc 80% des nos collections autour d’intemporels. Ensuite nous venons raconter une histoire en lien avec chaque saison.

Pour l’été 2019, nous sommes autour de la préservation de l’eau, une ressource naturelle dont l’industrie textile est très consommatrice. Nous venons de lancer la Capsule Gentle Blue de mars qui raconte l’introduction de la saison. Le mois prochain, en avril, nous travaillerons autour du recyclage de l’eau avec l’aquaponie. En mai, nous travaillerons avec une fibre qui consomme le moins possible d’eau de l’agriculture au produit fini : c’est le lin ! Et en juin, on repart avec un projet autour de la mer.

 

FGD : Vous proposez une distribution disruptive et agile. Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ?

– Christèle Merter : On fait l’inverse de la majorité de nos confrères et consœurs qui ont démarré sur le web, qui ont axé leur distribution via un réseau de revendeurs et ont ensuite ouvert des boutiques. Je pense à 1083, au Slip Français ou à Faguo. Nous avons commencé par ouvrir une boutique en premier lieu, pour ensuite développer le B2B avec des revendeurs. Et seulement après, nous avons ouvert un e-shop.

La boutique nous l’avons vue comme un immense laboratoire qui nous a permis d’apprendre énormément sur nos clients parce que l’on est tous partis chaque mois en boutique pour aller à leur rencontre, pour se rendre compte de la réalité du marché, de ce qu’ils attendaient. Ce qui nous a permis de proposer les produits les plus adaptés.

Etre en contact avec ces experts de leur région ou de leur quartier sur les sujets du développement durable, c’était ça qui nous semblait intéressant dans le mode de distribution. On l’a tout de suite corrélé avec ce que l’on avait mis en place avec nos partenaires fabricants sur la création d’un éco-systèmes de consom’acteurs. Mailler tout ça pour être une marque communautaire accessible le plus facilement possible, à la fois dans la distribution ou côté prix. Car faire de la  fabrication française accessible au niveau du prix, c’est quelque chose qui est important pour nous.

Voir la collaboration Gentle Factory x 1083, un jean, un sweat : être intelligent sur le business, ne pas se voir comme des concurrents mais plutôt comme des apporteurs d’affaires l’un à l’autre. Nous distribuons leur jean … sur notre site. Le jean de la collab est disponible chez l’ensemble de nos revendeurs.

FGD : Le mot de la fin…

– Christèle Merter : J’ai l’habitude de dire que La Gentle Factory c’est bien plus qu’une marque, c’est une formidable aventure humaine. J’ai hâte de voir ce que nous allons réussir à faire ensemble, avec toute l’équipe, avec tous nos partenaires-fabricants, qui ont juste été un incroyable soutien ces 12 derniers mois et nos partenaires-revendeurs et tous nos clients, qui nous envoient tellement d’encouragement !

On se donne rendez-vous aux Fashion Green Days les 23 et 24 mai à l’ENSAIT de ROUBAIX.

Billetterie et programme des conférences sur www.fashiongreendays.fr

Cliquez sur ce lien pour en savoir plus sur la Gentle Factory.

Propos recueillis par Catherine Dauriac.