Le futur de l’industrie du textile sera agile, local et neutre en carbone ou ne sera pas ! En introduction au talk « Tissage et filature à la demande » de l’édition online « Fast & Green » des Fashion Green Days, Eric Boël nous explique comment Les Tissages de Charlieu s’inscrivent dans cette trajectoire.

 

Eric Boël, pouvez-vous vous présenter ?

 

eric boël les tissages de charlieu

Éric Boël, gérant Les Tissages de Charlieu

 

J’ai la fierté de diriger les Tissages de Charlieu depuis 1997. Le tissage est un savoir-faire qui est transmis d’homme à homme depuis 1908. Nous tissons 2 millions de mètres de tissus par an. Notre secteur historique est l’habillement féminin mais nous tissons également des tissus techniques, d’ameublement, des tissus éthiques en matières recyclées, biologiques, issus de l’agriculture française.

Depuis 8 ans, des projets d’intrapreneuriat naissent au fil de l’eau au sein des Tissages de Charlieu. Nos collaborateurs créent des business en interne et cela représente plus de 50 % du chiffre d’affaires de l’entreprise.

Elles sont au nombre de 3 :

    • Letol : une marque d’étoles produites en hyper local ;
    • les ceintures Tonnerre de Belt fabriquées par les Tissages de Charlieu et en ESAT ;
    • l’Indispensac avec des sacs tissés en 3D en matières recyclées faites par des personnes en insertion ou en situation de handicap.

 

Nous nous sommes donné une mission importante qui consiste à prouver notre capacité à produire en France, un textile accessible au plus grand nombre et créatif, qui contribue à la décarbonation de l’industrie et à l’économie circulaire et, qui est aussi créateur d’emplois.

 

Les Tissages de Charlieu et le tissage à la demande, pour qui, pourquoi ?

 

C’est notre métier de tisser à la demande, c’est le sur-mesure industriel en juste à temps. Nous créons des produits que souhaitent nos marques clientes, des matières en exclusivité à livrer le plus rapidement possible. Par exemple, une demande d’une grande marque cliente d’une pièce type avec une coloration spéciale a été déposée ce matin, à 15h elle était déjà prête à l’apprêtement chez le teinturier.

Cela donne une bonne illustration de ce qu’est notre métier : tisser, que ce soit 10 ou 50 000 mètres, dans un délai rapide pour le marché européen résiduel, un marché de juste à temps. Ce dernier est aujourd’hui une variable d’ajustement pour les marques. En termes de volume de commandes, il représente entre 1 et 2 % des commandes totales. Selon les statistiques des douanes, la France importe 97,5 % de ce que nous consommons.

 

Les Tissages de Charlieu ont répondu à un appel à projet pour le Plan de relance, qu’en est-il ?

 

Ce plan de relance est une belle opportunité, un appui décisif. Avec les masques, la filière textile a prouvé qu’elle était capable de répondre aux besoins de la nation en 2 mois. En effet, l’industrie textile française s’est mobilisée avec rapidité et énergie pour fournir la quantité impressionnante de 50 millions de masques par semaine.

Je ressens qu’en France, nous avons la capacité, l’ingéniosité, l’envie, la structure pour innover, investir et trouver les idées. Les industriels ont des inquiétudes légitimes face à des concurrents qui produisent à des prix extrêmement bas. Nous avons donc besoin d’investissements et d’opportunités de marchés comme cela a été le cas pour les masques.

L’accessibilité à la robotisation est très importante, car le coût de main d’œuvre est important en France, comparé au marché asiatique. La robotisation permet ainsi de faire baisser ce coût grâce à la production en grande série.

Les projets Chamatex avec la fabrication de chaussures de sport 100 % made in France et l’usine de jeans Pimkie initiée par Fashion3 en sont de bons exemples.

Chez les Tissages de Charlieu, nous avons déposé un dossier dans le cadre du Plan de relance. Il concerne la relocalisation de la production de sacs de caisse en matières recyclées, pour le tissage et la confection. Ce dossier a d’ailleurs été accepté.

On voit donc bien à travers ces illustrations qu’il est possible de produire en France ce que l’on consomme.

 

Comment rêvez-vous l’industrie textile du futur ?

 

Une chose est claire : 180 pays dans le monde se sont engagés sur la neutralité carbone en 2050. À ce sujet, si nous continuons à produire autant dans un pays comme la Chine, où une centrale électrique à charbon est construite tous les 15 jours, nous ne parviendrons pas à atteindre les objectifs. La solution la plus puissante qui va permettre à la filière textile d’y prétendre est alors la relocalisation.

Elle a 3 vertus :

    • répondre à l’urgence climatique ;
    • répondre à l’impératif de création d’emplois. Le taux de chômage atteint des niveaux dramatiques avec la crise de la COVID ;
    • regagner notre souveraineté. Il est admis que nous ne pouvons pas produire en France ce que nous consommons, c’est-à-dire les biens de grande consommation. Lourde erreur.

 

Eric Boël a été décoré chevalier de la Légion d’honneur pour avoir consacré son activité à la confection massive de masques dans la lutte contre la pandémie de la COVID-19 au printemps 2020.

 

Retrouvez le replay de la table ronde « Tissage et filature à la demande ».

 

Marie-Laure Ruppel

Marie-Laure Ruppel

Facilitatrice de projet de développement durable

 

J’accompagne des territoires et entreprises, sur les sujets qui touchent à l’économie circulaire et l’économie de la fonctionnalité. Ces dernières années, ma passion m’a amenée à évoluer dans l’industrie de la mode et du textile.