Les Trouvailles d’Amandine, créateur et fournisseur expert de tissus biologiques français certifiés GOTS, a vu le jour en 2010. Amandine CHA-DESSOLIER, sa fondatrice, déploie son énergie à préserver un savoir-faire unique.

Valoriser & pérenniser le savoir-faire textile français

Chercheuse à l’université, Amandine est professeure en Philosophie de l’art. « Je ne travaillais pas du tout dans le milieu de la mode. Néanmoins, certaines choses vous rappellent », précise t-elle. Initiée à la couture par sa grand-mère, elle se prend de passion pour le tissu. Il y a plus de 10 ans, une occasion se présente à elle pour s’y remettre. Elle saisit sa chance.

Dans les années 2000, « on ne se préoccupait pas des impacts environnementaux ». Partant de ce fait, le peu de marques eco responsables – qui existaient à l’époque – produisaient en Inde. Les tissus vendus étaient la plupart du temps des écrus naturels. Pour le reste, peu de teintures – orange, ocre et kaki. Avant d’être beau, il fallait que ce soit bio. Amandine a donc enfilé « sa casquette de chercheur » pour concevoir des tissus responsables avec lesquels « on a envie de faire de la mode ».

Les Trouvailles d’Amandine voit le jour. L’idée ? Mettre en place un projet sain pour l’environnement et l’homme tout en pérennisant le savoir-faire national. Dans le détail, les filatures se trouvent en France ou en Belgique tandis que le tissage et l’ennoblissement sont réalisés uniquement en France.

L’entreprise propose également du sur-mesure. Cependant, la cheffe d’entreprise met un point d’honneur à refuser toute demande dont le savoir-faire n’existe pas en France. « J’ai construis cette société pour répondre à certaines valeurs », ajoute t-elle.

Les trouvailles d’Amandine : des tissus biologiques certifiés GOTS

Oublié le Green Washing. Ici, impossible puisque l’ensemble des étapes de production, du sourcing matière à la communication, est certifié GOTS. En d’autres termes, un organisme compétent – dont le cahier des charges évolue tous les 2 ans – contrôle tout ce qui est écrit ou dit au sujet de l’engagement durable de l’entreprise.

Toutefois, le flou législatif qui entoure les tissus biologiques peut être préjudiciable. En effet, « vous pouvez vendre un fil certifié GOTS tout en sachant que l’ennoblissement ne l’est pas ». Qui plus est, certains tisseurs sont certifiés GOTS en Allemagne, Suisse ou ailleurs – selon la localisation du siège social. Conséquemment, ils peuvent jouer sur l’absence de règles pour opérer sur le marché français. La traçabilité est donc davantage compromise.

L’entrepreneuse ne perd pas de vue son objectif : rendre durable l’industrie textile français sur le long terme. L’année dernière, l’entreprise a réalisé une levée de fonds dans le but d’installer une imprimante numérique certifiée GOTS – des encres jusqu’à l’impression. Ce service additionnel leur permettra de compléter l’offre de la collection permanente avec des motifs.

La teinture naturelle VS. la teinture chimique, au-delà des idées reçues

Amandine regrette la dichotomie faite entre les teintures industrielles impropres et les teintures végétales lavées de tous soupçons. Elle nous explique pourquoi.

  • Les teintures naturelles

Premièrement, si l’on s’attarde sur les teintures naturelles, un problème réside : le mordançage. Pour réaliser cette étape servant à fixer la teinture, le sel d’aluminium est indispensable. On trouve ce composant dans la pierre d’alun, ressource naturelle épuisable. La cosmétique réservant les stocks actuels, difficile dès lors pour les teinturiers de s’en procurer. Ces derniers ont donc recours à des sels d’aluminium artificiels.

Deuxièmement, les bains des teintures végétales, extrêmement concentrés en extraits de plantes, ne peuvent être déversés au compost. En effet, « 500 grammes de boues végétales correspondent à plusieurs dizaines de kilos de ce même produit ». Même si certains teinturiers gèrent très bien leurs bains, juste équilibre entre l’épuiser et le nourrir. D’autres les évacuent dans les toilettes, direction les stations d’épuration qui ne sont pas faites pour les accueillir et les traiter.

  • Les teintures industrielles

Si je vous dis « teintures industrielles », vous pensez sûrement à la rivière bleue, en Inde. Mais si vous savez, cette eau qui a pris la couleur des produits teints des usines environnantes. Amandine tient à rappeler qu’en France, nous avons une réglementation plus stricte qu’en Europe. « Les teinturiers sont obligés d’avoir une station d’épuration sur place accompagnée de prélèvements des eaux réguliers, en amont et en aval de l’usine – lors du prélèvement de l’eau pour le fonctionnement des machines et à la sortie de la station d’épuration avant rejet dans la rivière – ».

A ce sujet, Les Trouvailles d’Amandines ne réalise pas de la teinture industrielle conventionnelle. Le cahier des charges GOTS interdit l’utilisation de métaux lourds, chlore, etc. Les recettes doivent être approuvées et ne pas voir d’impact sur l’environnement et la santé.

Une gestion durable des collections

Contrairement à la surproduction, l’entreprise familiale produit au besoin. Structurée sur des collections permanentes, aucun des tissus n’est saisonnier – « On les pense pour qu’ils restent ». Exit donc les flamands roses et les ananas. Concernant le service sur-mesure, la marque assume naturellement le risque pris.

Pour aller plus loin dans la démarche et éviter la perte d’énergie, de matière et de finance, Les Trouvailles d’Amandine n’impose aucun minimum de quantité. Excepté sur les références de la collection permanente, avec un MOQ à 5m. L’offre commerciale est en faveur du client, le prix est dégressif à 10 mètres.

Quant aux fins de rouleaux, elles trouvent toujours preneurs. Ne restant que des chutes, dimensions 1m*5cm, directement compostables.

Cliché ou non, les pays d’Europe du Nord ont un train d’avance

C’est cliché mais indéniable, les pays du Nord – entendons par-là : Allemagne, Norvège, Finlande, Danemark, Royaume-Uni – semblent avoir une dizaine d’années d’avance sur la France. En réalisant des conférences à l’étranger, la cheffe d’entreprise a dû répondre à des questions qu’elle n’avait « jamais eues en France, où les gens tâtonnent encore ». Les discours sont davantage orientés technique. Preuve en est, « la plupart des études scientifiques sont publiées en Anglais ».

S’adressant à une clientèle internationale, elle remarque que la sélection est inversée. En France, le client s’intéresse au Made in France puis aux certifications. Dans le Nord de l’Europe, celui-ci recherche avant tout les certifications puis le lieu de fabrication.

 

Un mot de la fin ?

« Le marché grandit, super. Ma seule interrogation – crainte – réside dans le fait que les questions fusent plus vite que les informations arrivent aux consommateurs. Les acheteurs sont alertes mais perdus. J’ai bon espoir sur la mise en place de sources fiables ».

 

On se donne rendez-vous aux Fashion Green Days les 23 & 24 mai à l’ENSAIT de ROUBAIX.

Propos recueillis et rédaction par Manon HAMON.