Trier et recycler ses déchets de manière personnel au sein de son foyer c’est bien, mais le gros du problème vient surtout des déchets industriels qui sont produits en quantité astronomique, sans réflexion autour du cycle de vie après utilisation. Ce sont toutes ces questions que se pose Sylvie Bétard, la fondatrice de L’Upcyclerie. Sa mission ? Accompagner les entreprises dans la revalorisation de leurs déchets. Découvrez le fonctionnement de son entreprise dans cette interview.

 

Comment avez-vous l’idée du projet L’Upcyclerie ?

 

J’ai fait des études en théorie de l’art contemporain. Ce parcours m’a amené à me questionner sur la relation entre art et écologie. J’ai voulu concrétiser ça, en sortant de mes études, en co-fondant «  La Réserve des arts » en 2008. Le but de ce projet était de faciliter le réemploi dans le secteur culturel et dans l’industrie, en Île-de-France, en créant une plateforme logistique.

4 ans plus tard, en 2012, j’ai quitté l’association. J’ai alors créé la première version de l’Upcyclerie pour continuer à accompagner les entreprises dans la valorisation de leurs déchets. Il était plus question de sensibilisation que d’une réelle démarche d’économie circulaire. Ce mot n’existait d’ailleurs pas vraiment à l’époque.

Puis, j’ai mis de côté l’Upcyclerie car j’avais monté une boutique en ligne « La Petite Papeterie Française » qui fonctionnait très bien et qui me prenait tout mon temps. Je pense aussi que mon offre d’accompagnement n’était pas en phase avec les besoins des entreprises.

En 2019, pour plusieurs raisons, j’ai dû fermer la papeterie. Cependant, j’ai tout de suite été contacté par une grande maison de maroquinerie française et je leur ai donc proposé de réfléchir à leurs déchets textiles pour la fabrication d’un papier. C’est comme ça que j’ai relancé la deuxième version de l’Upcyclerie !

sylvie betard fondatrice lupcyclerie

Portrait de Sylvie Bétard, fondatrice de L’Upcyclerie

Vous travaillez avec des gros industriels du luxe. Comment trouvez-vous vos clients ? 

 

La plupart du temps, je propose l’idée. Je vais vers les marques qui font partie de mon réseau.

 

Quels sont les blocages face à l’upcycling ? Quelle(s) transition(s) sont-ils capable d’accepter ?

 

Le plus gros blocage que je rencontre se trouve entre la proposition de solution (la création de matière par exemple) et leur mise en place réelle. Ce frein vient de plusieurs choses.

Essentiellement, de la gouvernance et des systèmes d’organisation de l’entreprise qui ne sont pas forcément fait pour la transversalité. Pour reprendre mon exemple avec cette grande maroquinerie française, mon interlocuteur n’est pas directement la RSE mais une direction produit. Concrètement, il faut faire en sorte que ce papier puisse être utilisé par un certain nombre de services et de départements. Il faut donc organiser cette transversalité pour qu’il y est un vrai impact et qu’on puisse vraiment utiliser cette matière.

J’ai observé un autre frein. Qui est le budget alloué à la revalorisation des déchets. Par exemple, une grande marque de vêtements a décidé d’arrêter le plastique et de remplacer tous ses cintres en polystyrène expansé. Il y a donc un million cinq de cintres, partout dans le monde, à valoriser ; ce qui demande beaucoup de recherches pour faire des propositions viables. Et ça, c’est quelque chose qui n’a pas du tout été intégré par la marque dans la problématique « on arrête les cintres ». Ils n’ont pas pensé au budget pour leur revalorisation.

La prise de conscience peut difficilement avoir lieu quand les entreprises n’ont pas leurs propres usines de production. Quand on fabrique à l’autre bout de la planète, on n’a pas idée de ce qui est jeté. C’est toute la question du circuit court dans la mode. Il plus facile pour les maisons de luxe de se lancer dans l’upcycling et dans la revalorisation de leur matière parce que la plupart produisent en France.

mobilier upcycle

Mobilier crée à partir de déchets des élections municipales

Changer pour une image de marque éco-responsable, ne se fait-il pas aux dépends de l’écologie ?

 

Effectivement, vouloir changer et remplacer, nécessite d’abandonner, de jeter. C’est pourquoi, je travaille vraiment dans la circularité de la matière. Je demande toujours à mes clients quels sont leurs besoins : en magasins, dans les bureaux et sur les sites logistiques. Est-ce qu’on peut transformer ces cintres pour faire de la scénographie dans les vitrines ou en boutiques ? Est-ce qu’on peut fabriquer un objet qui aurait du sens (vendre en boutique, goodies clients…) ? Cependant, quand l’idée est clairement de supprimer ce plastique des boutiques, on ne veut plus le voir du tout. Que faire ? Ils en sont responsables, si c’est pour l’envoyer ailleurs, ça ne marche pas.

Il pourrait y avoir un travail de communication comme informer la clientèle du remplacement des cintres, au fur et à mesure qu’ils se détériorent, par des cintres fabriqués avec une matière plus responsable.

Effectivement, je pense qu’il y a une idée d’image de marque.

Ma mission est de faire prendre conscience à l’entreprise que chaque déchet a une valeur et peut devenir une ressource. Si on réfléchit bien à ce qu’il peut devenir, on rentre dans une politique zéro déchet. Ni plus ni moins, la volonté de 250 marques lors du G7 avec la signature du Fashion Pact.

 

dechets papier upcycling

 

Comment donnez-vous vie à ces projets ? Qu’en est-il des usines capables de revaloriser ces matières ?

 

Mon rôle est justement de faire une veille sur ces solutions, de coordonner le projet pour qu’il se passe le mieux possible, qu’il soit le plus local possible. Je recherche des entreprises capables de réaliser et de développer le projet pour répondre au mieux aux besoins de mon client.

Cela nécessite de trouver des start-ups innovantes, qui proposent des solutions de revalorisation innovante notamment sur le plastique, ou des industriels déjà implantés qui souhaitent intégrer de l’expérimentation dans leur process.

 

Pourquoi avez-vous accepté l’invitation aux Fashion Green Days ?

 

J’ai accepté de participer à cette réflexion commune sur les méthodes de production, dans un secteur qui veut améliorer ses pratiques.

Si je peux partager ma petite expérience sur ce que je fais avec mes clients. Si ça peut inspirer, susciter des envies et aussi apporter de la positivité. On se dit souvent que c’est laborieux, qu’il faut tout changer, que c’est impossible. Il y a tellement d’initiatives et de choses qui bougent, il faut les partager !

 

 

Retrouvez le replay de l’intervention de Sylvie aux Fashion Green Days « Upcycler la mode » !

 

Louise Marcaud

Louise Marcaud

Jeune créatrice

 

Jeune créatrice de mode, mes valeurs sont basées sur l’upcycling et la slow fashion qui m’inspire une esthétique minimaliste. Retrouvez tout mon univers sur www.louisemarcaud.com

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