Rencontre avec Karine Renouil-Tiberghien, une femme entrepreneure engagée et très inspirante. La dirigeante de MLT a participé à la table ronde « Le futur du tricot » lors de l’événement spécial « Fast & Green » organisé par les Fashion Green Days.

Elle a mis en lumière les acteurs de cette nouvelle chaîne de valeur 4.0. L’occasion d’échanger sur les forces de cette belle entreprise française, ses dernières innovations de transformation et les projets collectifs qu’elle a initiés.

 

Qui est Karine Renouil-Tiberghien ?

 

Après avoir repris la Manufacture de layette et tricots (MLT) à Tarbes en 2016, Karine Renouil-Tiberghien et Arnaud de Belabre ont diversifié leurs activités avec le rachat de la Manufacture de tricots Jean Ruiz à Roanne en 2018 et du tricoteur Marcoux en décembre 2020.

Pour Karine Renouil-Tiberghien, c’est une histoire de famille. Après un parcours de directrice financière et de développement de business model, elle saisit l’opportunité de revenir vers la tradition familiale du textile. Elle qui est l’héritière du dernier président du groupe textile Tiberghien Frères. Son associé, Arnaud de Belabre, met à profit dans cette aventure son expérience dans l’organisation, la logistique et la reprise d’entreprises.

Tous deux « séduits par une aventure industrielle en France dans la fabrication textile », ils montrent qu’il est possible de tricoter en France en s’appuyant sur les innovations technologiques et en remettant l’humain au centre de la création et de la fabrication.

 

La PME textile française MLT

 

MLT est une entreprise à taille humaine, garante de savoir-faire. C’est à ce jour 3 manufactures de tricotage en France :

    • la Manufacture de layette à Pau (64) : création et tricotage de panneaux dédiée à la layette. Les produits sont assemblés en Tunisie chez le partenaire historique de l’entreprise. Elle y trouve une main d’œuvre qualifiée – organisation qui a permis dans les années 90 de sauver la manufacture . L’entité se donne les moyens d’être agile, réactive et, par conséquent, compétitive pour la grande distribution. 500 000 pièces par an sortent de cette manufacture ;
    • Jean Ruiz à Roanne (42) : fabrication de maille haut de gamme en diminué puis remaillée destinée au segment adulte. Avec sa production 100 % made in France, elle est labellisée Entreprise du patrimoine vivant. La manufacture possède aussi une unité qui travaille sur des machines Shima Seiki en intégral (c’est-à-dire une machine qui tricote entièrement le produit sans nécessiter d’assemblage) ;
    • Marcoux à Roanne (42) : spécialisée dans le textile médical. L’entreprise tricote également des panneaux layette pour désengorger l’unité de Pau.

Face aux défis actuels de l’industrie textile, MLT prouve « qu’il y a un marché pour fabriquer du 100 % made in France et que l’on peut tricoter en France en étant compétitif ». Ils ont d’ailleurs doublé leurs chiffres d’affaires en 2 ans, pour les 2 premières manufactures.

 

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Karine Renouil-Tiberghien et Arnaud de Belabre, fondateurs de la Manufacture de layette et tricots, entourés de leurs collaborateurs

 

On ne peut pas tout faire en France mais ce que l’on peut faire, il faut en être fiers et le faire (…). Il n’y a pas de raison de ne pas tricoter en France, car cela passe par des machines qui ont le même prix ici qu’en Asie, au Maghreb ou en Roumanie.

 

La capacité de changement et l’adaptabilité sont des enjeux majeurs aujourd’hui

 

Chez MLT, sur le segment layette, le secteur de la grande distribution fonctionne bien. En effet, ils sont habitués, avec l’alimentaire, à travailler en proximité locale pour raccourcir les délais de mise en vente.

Il faut souligner que la grande distribution joue le jeu. Comme ils ont de gros volumes, cela alimente beaucoup les usines et permet le maintien d’emplois en France.

Pour les grandes enseignes de mode françaises, relocaliser de la production implique de forts changements organisationnels. C’est donc une opportunité pour les fabricants français qui sont en mesure de proposer des solutions.

Produire en France implique aussi de construire des partenariats avec les marques et les distributeurs et de remettre la notion de relation de confiance au centre.

C’est d’une importance capitale pour la relocalisation.

En effet, pour se transformer et faire des investissements en ce sens, les manufactures ont besoin d’être sûres de remplir leurs capacités de manière pérenne. Le modèle de MLT est particulièrement compétitif pour les marques distributrices, c’est-à-dire qui ont leur propre réseau de distribution. C’est le cas du Slip Français par exemple. Leur avenir dépend aussi de leur capacité à convaincre l’industrie du luxe de leur faire confiance, elle qui s’approvisionne principalement en Italie.

L’entreprise a intégré des solutions digitales dans son fonctionnement, pour la gestion amont du plan de production jusqu’au tricotage.

Chez MLT, nous sommes capables de répondre à des demandes de grosses quantités en étant très réactifs pour le réassort.

Elle propose aussi un accompagnement produit style avec des suggestions de pulls à personnaliser et une vision globale, de ce qui fonctionne sur le marché. Elle possède aussi sa marque propre en ligne afin de donner de la visibilité à la fabrication française. L’entreprise travaille uniquement avec des filateurs européens. Elle est également soucieuse de s’approvisionner en fils éco-responsables comme du coton bio.

 

cardigan des petits marins mlt

Produits de layette de la marque la Manufacture de layette

 

Répondre aux besoins des consommateurs finaux

 

On ne peut pas nier que l’échelle de valeur des produits a été fortement impactée par la fast fashion dans la tête des consommateurs. Toutefois, un changement de comportement est à l’œuvre, surtout par rapport à l’impact environnemental de la mode.

Cette génération est désireuse d’agir pour remettre du bon sens et souhaite des produits de meilleure qualité, plus durables et confectionnés dans de bonnes conditions sociales. Il y a un vrai travail de revalorisation du coût des choses à mener. Il en va aussi de la responsabilité des marquesNe fabriquer et reproduire que ce qui se vend.

La relocalisation et le made in France ont du bon. Avec ce modèle, les marques s’affranchissent de certaines contraintes qu’impliquent le grand import et peuvent être plus agiles. En fabricant local et en revenant à un mode de production plus raisonnable, elles arrêtent le gâchis en produisant un premier jet de vêtements. Puis, en s’adaptant aux ventes pour la suite de la production.

Pour répondre aux nouveaux besoins des consommateurs et aux problématiques environnementales, un changement d’organisation est donc indispensable. L’enjeu est aussi de réussir à former la jeune génération sur les métiers de savoir-faire textiles.

 

Remettre l’humain au centre de la création et de la fabrication

 

Il y a une urgence sur la transmission et la conservation des savoir-faire en France.

Les formations n’existent plus car les débouchés manquaient. La transmission des savoir-faire passera par une revalorisation de ces métiers. Notamment celui quasi disparu de remaillage pourtant nécessaire au tricot haut de gamme. La Manufacture de layette et tricots s’engage pleinement dans ce défi en pilotant l’ouverture en mars d’une école de remailleur en partenariat avec Pôle emploi et la région Auvergne-Rhône-Alpes.

 

remaillage mlt

Étape de remaillage

 

Karine Renouil-Tiberghien a aussi monté un groupe de fabricants français pour rouvrir la section BTS programmeurs à Roanne. « Sous conditions que les fabricants s’engagent à prendre les élèves en alternance chez eux » leur garantissant des débouchés d’emplois.

En conclusion : La filière tricot s’organise et met ses forces en commun afin d’inventer le tricot du futur en France !

L’industrie textile doit avancer vers un modèle dont on soit tous plus fiers collectivement (…). On assiste à la naissance d’un nouveau monde

 

Sophie Guittonneau

Sophie Guittonneau

Direction créative - conception, recherche et développement mode durable

 

Je suis portée par ce qui a du sens dans les défis actuels de notre façon de consommer et de produire.