Dans la famille des déchets du quotidien impossibles à recycler, il nous manquait… le collant. En effet, pas facile d’imaginer quoi en faire d’un peu glam’. Mis à part ces tawashis venus du Pays du Soleil Levant et qui fleurissent comme des fleurs au printemps dans les cuisines des adeptes du zéro déchet. Avec Povera Slowdesign, Hélène Verhelle leur trouve donc une seconde vie très… glamour.

La fabrication par Povera

Le contexte : 130 millions de paires vendues par an en France et combien de client.es frustré.es ?

En 2018, l’association HOP (Halte à l’Obsolescence Programmée) publie un rapport d’enquête inédit sur l’obsolescence accélérée des collants. A cette fin, elle dévoile le classement des meilleures et des pires marques. Ceci étant, ce rapport appelle fabricants, vendeurs et consommateurs à agir afin d’obtenir des produits plus durables.

« Dans 70% des cas, les collants ne durent pas plus de 6 utilisations, voire seulement 3 utilisations pour plus de 40% d’entre elles. Les clientes dépensent autour d’une centaine d’euros par an, pour gaspiller une matière non recyclable. Nous pouvons considérer que les collants représentent en moyenne plus de 7 315 tonnes de déchets par an ». Et cette masse finit dans un incinérateur, puisqu’on n’a pas trouvé la façon de la recycler pour en faire un nouveau fil. On pourra lire l’enquête passionnante parue sur le site de HOP ici .

Upcycler où le bas blesse

En mai 2018, Hélène lance Povera Slowdesign dans le cadre de « La Rue du Made in France ». Mais l’idée a germé bien plus tôt. Lors de son projet en Master Textile à Lyon en 2016, elle s’intéresse aux collants et surtout à leur fragilité. De ce fait, elle se rend rapidement compte qu’il n’existe pas de centre de collecte spécifique ni de circuit de valorisation pour un tel produit.

Povera fait référence à l’Arte Povera : mouvement artistique italien débutant dans les années 60 qui utilise des produits pauvres, perçus négativement, et leur donne une valeur par leur transformation. Le but d’Arte Povera est de remettre en question l’industrie culturelle et, plus largement, la société de consommation. Comme cet art, les produits Povera donnent une seconde vie à des résidus que sont les collants polyamide usagés et les chutes textiles. Ils les embellissent et ainsi remettent en question l’industrie textile et son système de (sur)consommation.

Une philosophie slow qui prend son envol

Depuis le mois d’octobre 2018, Hélène développe son projet à plein temps. Elle transporte nos collants de l’armoire à la boîte à bijoux sans passer par la case poubelle. Ses produits seront bientôt vendus en ligne, elle travaille d’arrache-pied à son e-shop.

La créatrice s’entoure également, avec l’aide de 2 universités – l’IUT de Saint-Denis et l’Université de Paris Nanterre, d’un fablab pour créer une machine spéciale. « La collecte augmente, j’ai de plus en plus de bornes… Nous en sommes au stade d’étude et de prototypage, avec un accompagnement de la Coopérative Pointcarré (Saint-Denis) ». Actuellement, la découpe prend 40 minutes pour un seul collant. Avec cette machine, le temps pourrait descendre à une minute, et permettre de s’attaquer à des pièces plus grandes, comme des tapis.

Les points de collecte : les boutiques OXFAM de Lille et Paris (dans le 17ème , le 9ème et le 15ème). « Je récupère des bâches usagées auprès de la Réserve des Arts pour en faire un contenant sur les points de collectes », précise-t-elle. Avec une cinquantaine de collants par mois pour l’instant en moyenne… L’entrepreneuse contacte également les marques pour récupérer les chutes de métiers et tente d’obtenir un peu plus de solidité à l’avenir.

Povera : des bijoux souples et mixtes

Les bijoux par POVERA

Les retours clients sont bons, même si une question revient souvent. Rassurons-nous, les collants sont lavés et désinfectés avant de (re)devenir des objets désirables : bagues, bracelets, plastrons. Des bijoux doux et mixtes, « même si les headbands sont plutôt féminins ».

Enfin, Hélène attend beaucoup des Fashion Green Days. Découvrir d’autres exposants, créer des synergies de projets. On la retrouvera avec plaisir parmi les 60 marques exposées lors des Fashion Green Days les 23 et 24 mai prochain à l’ENSAIT de Roubaix.

Billetterie et programme des conférences sur www.fashiongreendays.fr

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