Bonjour Salomé, pourrais-tu te présenter et me dire qui tu es ?

J’ai 27 ans et je suis historienne de la mode ainsi que conservatrice du patrimoine à Paris. C’est pourquoi, j’interviens auprès des archives de maisons de couture comme consultante. Ceci afin de les aider à conserver leur histoire et leur patrimoine. Cela peut être des vêtements, des archives photos ou vidéos. J’ai également intervenir en effectuant leur inventaire ou de la médiation.

Et, à côté de cela, j’ai une activité de chineuse. Ainsi, j’ai créé un compte Instagram où je vends des vêtements vintage : Mélo Rétro.

Sur ce compte, je mêle également l’histoire de la mode. Par exemple, je vais partager du contenu sur les vêtements que je chine.

Aujourd’hui, on évoque énormément le vintage mais en fait c’est quoi ?

A l’origine cela viendrait de l’œnologie et cela signifie un vin qui a bien vieilli. En d’autres termes, cela peut être appliqué à un objet qui s’est bonifié avec le temps. Bref, pour le secteur de la mode, cela veut dire un vêtement qui prend de la valeur avec le temps.

Très longtemps, le vintage a été une activité de niche avec la recherche d’une pièce unique. La valeur c’était de trouver une pièce unique, de dénicher un trésor.

Aujourd’hui, cette valeur reste forte mais elle est également couplée à une volonté de préserver l’environnement.

Enfin, il y a une dernière valeur qui m’est chère et c’est celle de l’histoire. Un vêtement vintage a vécu plusieurs histoires : sa création et la personne qui l’a porté.

Petit rappel, avant les années 70 et l’apparition du prêt-à-porter, les vêtements étaient confectionnés spécialement pour les individus. Et, ils en portent les marques : un trou, une reprise, un patchwork…

Et, il y a la valeur de l’histoire avec un grand h. Par exemple, un vêtement des années 70 permet de comprendre le contexte politique, sociale ou artistique de l’époque.

Ma définition du vintage pourrait être “un vêtement ancien qui a pris différentes valeurs avec le temps”.

Vintage

Comment le vintage interroge-t-il la création contemporaine ?

Pour les créateurs contemporains, le vintage a toujours fait partie de leur mode de création. Non seulement, on ne créé jamais rien de nulle part mais cela se matérialise par le fait que les créateurs ont recours dans leur processus créatif à des pièces vintages.

D’ailleurs, être acheteur vintage pour les bureaux de style ou maisons de mode, vont leur permettre de s’inspirer, par exemple, d’une épaulette un peu large des années 20 ou d’un zip des années 70 et de les cumuler avec une emmanchures des années 50.

Je me répète mais dans le processus créatif s’inspirer de l’ancien s’avère essentiel. D’ailleurs, aujourd’hui, il existe un débat sur la limite entre l’inspiration et le plagiat.

En outre, à mon sens, il est essentiel de savoir d’où viennent nos vêtements. Ainsi, c’est une manière d’en rappeler la valeur.

C’est pourquoi, on peut s’interroger sur la banalité de certains produits comme un tee-shirt ou un jean.

Comment aujourd’hui, les marques contemporaines s’emparent du vintage ?

Les archives en interne et l’histoire d’une maison existante favorisent le processus créatif. Par exemple, je vais parler d’une maison que je connais bien comme Chloé, qui a plus de 60 ans de créations. L’idée c’est de pouvoir permettre à un directeur artistique d’exprimer sa propre créativité tout en conservant l’identité de la maison qu’il va représenter.

Tout l’intérêt des archives consiste à créer un pont entre l’histoire de la maison et le directeur artistique ainsi que le travail créatif des directeurs artistiques précédents.

L’objectif principal d’une maison de couture sert comme une banque d’images et de données pour le bureau de style. Par exemple, on  peut retrouver un col réalisé dans les années 70 qu’on retrouve revisité actuellement en version XXL sur une blouse.

Depuis 2010, on a vu une dizaine de pôles d’archives se créer au sein des maisons de luxe et également pour le semi-luxe.

Enfin, pourrais-tu nous préciser dans quels magasins vas-tu chiner ?

Pour des créateurs, je recommande d’aller vers des endroits là où il y a le plus de choix possible comme des Guerrisol. Malgré tout, le plus intéressant reste les vide-greniers. Car, là, il va avoir des pièces vraiment anciennes.

Enfin, démarcher autour de soi s’avère également une bonne alternative.

#FGDAYS #FGDAYS2020

Vous pourrez retrouver Salomé, lors de notre webinaire “Seconde vie” les 17 et 18 septembre, les inscriptions c’est par ici.

Pour en savoir plus sur le vintage, je vous recommande l’analyse d’Annick Jehanne sur ce phénomène aux USA.

Je suis le fondateur de MyFashionTech, une agence de conseil en communication pour le secteur de la Fashiontech.Sinon, je suis également un fan de littérature et de cinéma.
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