Afin de prolonger les FashionGreenDays, nous avons décidé de lancer une série d’entretiens sur celles et ceux qui font bouger la mode éco-responsable. Ainsi, nous allons échanger chaque semaine, durant cet été, sur la manière dont nous pouvons aider le secteur textile à accélérer sa transformation vers une mode plus durable.

Et pour ce premier rendez-vous, nous sommes partis échanger avec Eléonore de Uptrade. Durant notre conversation, elle revient sur son ambition d’aider les marques à en finir avec des stocks silencieux et aussi sur l’état de la mode en temps de coronavirus.

Belle lecture !

Eléonore, pourrais-tu me dire tout d’abord qui tu es et me préciser ton parcours ?

Je suis Eléonore ; j’ai 29 ans et suis co-fondatrice d’Uptrade. Auparavant, j’ai travaillé pour des associations et ONG en France ainsi qu’à l’étranger. Pour résumer, j’ai un parcours plutôt axé sur le social.

Dernièrement, j’ai aussi collaboré avec des startups françaises, notamment dans le monde du digital et de l’éducation numérique.

Ensuite, j’ai rejoint Charlotte sur le projet d’Uptrade, il y a environ un an. En effet, j’avais envie de me repositionner sur un projet qui était plus en accord avec mes valeurs environnementales ou sociales. Avec cette envie de faire bouger les choses.

Uptrade

Uptrade c’est quoi exactement ?


C’est un bureau de sourcing et d’achat qui sauve les fins de rouleaux, chutes, déclassés de production pour les mettre à disposition de ceux qui vont savoir leur donner une seconde vie. Notre mission peut se définir de la façon suivante “limiter la surproduction et les déchets dans l’industrie de la mode en réutilisant ce qui existe déjà”.

En d’autres termes, nous sommes le chaînon manquant entre ceux qui disposent de stocks de matières premières dormants et ceux qui en ont besoin.

Comment cette crise du coronavirus a-t-elle affecté l’industrie de la mode ?

Dans un premier temps, on a vraiment tous constaté un arrêt. Personne ne savait vraiment ce qui se passait. Les productions étaient mises en stand-by. Ainsi, les trois premières semaines ont été une période d’interrogation : qu’est-ce qui se passe ? qu’est-ce qu’on fait ? comment on va s’adapter ?

Après dans un second temps, il a été question de la production massive de masques. Les différents acteurs de l’industrie textile se sont regroupés dans un élan de solidarité pour monter des groupes de travail comme le Projet Résilience ou le groupement Savoir-Faire Ensemble porté par Guillaume Gibault. À ce moment-là, l’industrie s’est relancée. Cela a permis également au secteur de la mode de s’interroger plus en profondeur sur ses modèles de production et de consommation entre autres. En outre, ce questionnement a aussi amené à se demander comment relocaliser la chaîne de production, en France ou Europe, afin de ne pas être dépendant des pays d’Asie notamment.

Avant la pandémie, on évoquait énormément l’aspect durable, comment cela va évoluer ?

L’aspect durable ne peut que se renforcer avec cette crise. En effet, tout le stock s’est retrouvé immobilisé. Et, les marques vont devoir le brader, le solder et le re-solder pour réussir à l’écouler. C’est pourquoi, il y a un réel questionnement à mettre en place cette notion de durabilité. D’ailleurs, nous le voyons avec nos clients qui commencent à revoir leur production. Soit, ils vont s’orienter sur l’éco-conception ; soit ils vont choisir la pré-vente. Certains vont plus loin en s’orientant sur une production à la demande.

Aujourd’hui, les marques partent du besoin client et non pas, comme précédemment, en créant un besoin. Par exemple, actuellement elles font appel à leur communauté, via des formulaires pour connaître leurs besoins.

Je crois profondément que cette notion de durabilité va imprégner les marques. Ainsi, elles s’orientent de plus en plus sur le fait de rechercher des matières premières qui sont plus respectueuses de l’environnement, par exemple celles qui vont demander moins d’eau au moment de la production ou bien qui soient plus locales, moins polluantes. Cela peut être également en terme de quantité, avec des volumes plus petits.

Il y a aussi l’upcycling. D’ailleurs, chez Uptrade c’est ce qu’on essaye de stimuler en permettant à un tas d’acteurs d’avoir accès à des gisements de matières qui existent déjà.

À mon sens, c’est un travail commun à mettre en place. Et, surtout il convient de ne pas faire culpabiliser les marques car cela créé de la frustration. C’est pourquoi, il faut les aider pour aller vers des démarches plus durables. Bien évidemment cela va prendre du temps notamment pour celles ancrées depuis des décennies ou des grands groupes. Ils ont besoin d’accompagnement et de conseils, comme mutualiser des ressources ou travailler avec des consortiums.

Dernière question, pourrais-tu nous dire quelle est l’actualité d’Uptrade et vos projets dans les mois qui viennent ?

Nous avons été incubées au programme des Audacieuses, au sein de la Ruche, qui prend fin début juillet. Cela a été 9 mois hyper-riches où nous avons pu bénéficier d’un réseau d’experts, d’une communauté, d’ateliers et de formations. Là, nous rejoignons l’incubateur de l’ESSEC qui va prendre le relais.

Sinon, nous venons juste de finir une vente exclusive de tissus haute-couture : Opération Baruchello. Si cela se refait, nous l’organiserons de manière ponctuelle car cela n’est pas notre coeur de métier. En revanche, nous avons adoré la démarche car nous avons rencontré des publics très différents : étudiants, jeunes créateurs, entrepreneurs ou marques de mode. D’ailleurs durant nos différents échanges, nous avons énormément appris sur les attentes actuelles. A cet égard, nous avons pris conscience que de nombreux particuliers vont sur des logiques de réparation de vêtements ou de création de vêtements eux-mêmes.

Dans les mois à venir, nous avons mis en place des partenariats avec des marques afin de faciliter le recyclage ou la revalorisation de leur production. Typiquement, cela répondra à des problématiques pour des marques de luxe qui ont des tissus siglés. Ainsi, elles ne souhaitent pas qu’on les récupère pour les revendre mais plutôt qu’on les transforme pour adresser d’autres industries. Concrètement, actuellement nous travaillons avec une startup qui transforme le tissu en composite pour créer du mobilier de jardin.

Enfin, nous souhaitons aider les grands groupes à sauter le pas en leur proposant une solution clé-en-main à intégrer dans leur déclaration RSE et extra-financière. Cela va être notre grand chantier pour l’année 2020 !

Vous voulez en savoir plus sur les FashionGreenDays, nous vous invitons à lire l’article suivant :

Les FashionGreenDays passent en mode permanent !

Fabrice

Fabrice

Je suis le fondateur de MyFashionTech, une plateforme au service l’innovation durable pour le secteur de la mode. Je suis également un fan de littérature et de cinéma.

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